Caroline Cospain

Libre, libre.. Vous voulez devenir pilote de ligne, pilote de votre vie sans ce rouleau de papier... Vous avez compris cette insidieuse cigarette... Caroline Cospain dans son livre J'arrête définitivement la cigarette vous délivre toutes les solutions...

Rassurez-vous. Sa méthode est simple. Adieu les grandes théories compliquées. Le tout est de vous connecter avec votre petit moi intérieur. L'idée n'est pas de lutter contre l'envie, mais d'éradiquer les racines inconscientes de cette envie.
 
À quel moment décide-t-on vraiment d'arrêter de fumer... Les raisons de santé sont-elles les seules, à provoquer le déclic...
On décide réellement d'arrêter de fumer à un moment très précis : lorsque la douleur liée au fait de fumer devient plus forte que le plaisir que la cigarette procure... ou qu'elle est censée procurer. L'être humain est fondamentalement guidé par deux moteurs : la recherche du plaisir et l'évitement de la douleur. Toutes nos actions s'inscrivent dans cette dynamique.
Au départ, la cigarette est associée à une forme de plaisir ou de soulagement. Elle donne l'illusion d'apaiser, de détendre, de récompenser ou de faire face à certaines situations. Puis, avec le temps, un conditionnement s'installe : fumer n'est plus seulement un choix, mais une réponse automatique. Et ne pas fumer devient inconfortable, voire douloureux. C'est ce mécanisme qui ancre la dépendance.
 
Le déclic ne survient donc pas parce que la cigarette cesse d'être perçue comme une solution. Bien au contraire, cette perception est souvent encore très présente au moment où la personne envisage l'arrêt. Ce qui change, c'est le rapport coût/bénéfice : aujourd'hui, fumer fait plus mal que ça ne soulage. La douleur peut être physique, émotionnelle, mentale, financière, sociale ou identitaire.
Contrairement aux idées reçues, la santé n'est pas toujours le déclencheur principal. Pour certaines personnes, une alerte médicale ou un symptôme inquiétant peut provoquer un déclic, mais ce n'est pas une règle universelle. Chez d'autres, l'annonce d'un problème de santé renforce parfois la consommation, car la charge émotionnelle générée... peur, stress, anxiété... alimente le besoin de soulagement immédiat.
C'est pourquoi le déclic peut venir d?ailleurs : un ras-le-bol profond, un sentiment de perte de liberté, un impact financier devenu trop lourd, un projet important à financer ou encore le désir d'être en cohérence avec la personne que l?on souhaite devenir. Ce n'est pas tant la raison objective qui compte, mais le moment où la douleur de continuer à fumer dépasse celle que représenterait le changement.
 
En résumé, on n'arrête pas de fumer uniquement par conscience des risques ou pour sa santé. On décide d'arrêter lorsque, ici et maintenant, fumer fait plus mal que de ne pas fumer... même si, paradoxalement, la cigarette est toujours perçue comme une solution à ce stade. C'est à ce moment précis que la décision devient possible... et durable.
 
Vous assurez au tout début de votre livre, dans votre paragraphe La Révélation, « Se découvrir capable de s'engager profondément envers soi-même est une étape cruciale. Cette prise de conscience vous permettra de voir que la clé réside en vous. » Vous pouvez nous en dire un peu plus...
Quand je parle de « se découvrir capable de s'engager profondément envers soi-même », je fais référence à un moment de bascule intérieure.
Beaucoup de personnes pensent qu'elles n'arrivent pas à arrêter de fumer par manque de volonté, de discipline ou de force mentale. Or, ce n'est pas le cas. La plupart se sont déjà engagées mille fois dans leur vie : pour leurs enfants, leur travail, leurs proches, leurs responsabilités. Simplement, elles ont rarement appris à diriger cet engagement vers elles-mêmes.
Cette prise de conscience est essentielle, car elle change complètement la posture. Tant que l'on cherche une solution extérieure... une méthode miracle, une contrainte, une peur suffisamment forte... on reste dans une forme de dépendance. En revanche, le jour où l'on réalise que l'on est capable de s'engager sincèrement envers soi, quelque chose se réorganise intérieurement. On ne subit plus une décision, on la choisit.
Dire que« la clé réside en vous » ne signifie pas que tout est simple ou qu'il suffit de décider pour que tout change. Cela signifie que la véritable transformation ne peut pas être imposée de l'extérieur. Elle commence lorsque la personne reconnaît sa propre capacité à se respecter, à se faire confiance et à honorer un engagement pris pour elle-même, et non contre elle-même.
C'est souvent une révélation discrète, mais puissante : comprendre que l'on n'est pas défaillant, mais simplement déconnecté de cette capacité-là. Et lorsque cette connexion se rétablit, les décisions prennent une autre profondeur, une autre solidité.
 
Votre méthode Acceptation Programmée... Vous pouvez nous en préciser les principaux piliers...
Ma méthode repose sur quatre piliers complémentaires, qui suivent une progression très précise. L'objectif n'est pas simplement d'arrêter de fumer, mais de créer les conditions intérieures pour que cet arrêt soit vécu comme juste, aligné et durable.
Le premier pilier, que j'appelle le Wake Up, consiste à réveiller la conscience. Il s'agit d'augmenter le niveau de lucidité sur la réalité de la cigarette et de commencer à sortir de l'illusion selon laquelle fumer serait une solution. Tant que cette illusion est active, l'arrêt reste fragile. Cette étape permet à la personne de voir plus clairement ce qui se joue réellement et surtout de pouvoir décider en conscience. C'est un pilier fondamental, car il rend possible l'engagement réel envers soi-même.
Le deuxième pilier est celui du détachement. Ici, on vient dissocier tous les automatismes et conditionnements installés au fil des années : café-cigarette, cigarette après le repas, cigarette avec un verre, cigarette pour gérer une émotion ou une situation précise.
Ces associations ne sont pas anodines, elles structurent le comportement. Le travail de détachement permet de désactiver ces liens automatiques et de dire réellement au revoir à la cigarette, non pas dans la lutte, mais dans la séparation.
Une fois ce détachement effectué, le troisième pilier consiste à redéfinir une nouvelle version de soi. Beaucoup de personnes ont intégré la croyance que fumer fait partie de leur identité.
 
Même après l'arrêt, elles restent parfois dans une posture de non-fumeur contrarié, qui subit plutôt qu'il n'assume. Cette étape vise à déconstruire ces croyances et à installer une identité de non-fumeur assumé et affirmé. Il ne s'agit pas seulement d'avoir arrêté, mais d'être en accord avec cette décision, d'en être fier et aligné, sans frustration ni sentiment de perte.
 
Enfin, le quatrième pilier est celui de l'arrêt définitif. Souvent, les personnes s'appuient uniquement sur l'acquis du moment où elles ont arrêté, sans entretenir ce qui rend cet arrêt solide dans le temps. Ici, l'enjeu est de continuer à neutraliser la croyance selon laquelle fumer pourrait être une solution, sans forcément dramatiser ou renforcer l'idée que fumer serait un problème. Il s'agit plutôt de cultiver durablement l'idée que la cigarette n'a jamais été une réponse pertinente, et qu'elle ne le sera jamais. C'est cette neutralisation qui sécurise l'arrêt dans la durée.
 
Ces quatre piliers forment un ensemble cohérent : réveiller la conscience, se détacher des automatismes, se redéfinir intérieurement et consolider un arrêt réellement définitif.
 
Stress, peurs de la fumeuse, du fumeur... Tous ces maux devraient faciliter le rejet de la cigarette. Pourtant il n'en est rien. Expliquez-nous...
On pourrait effectivement penser que le stress, la peur ou l'angoisse associés au tabac devraient naturellement pousser à rejeter la cigarette. En réalité, c'est souvent l'inverse qui se produit... La cigarette s'est installée, au fil du temps, comme une réponse conditionnée à ces états internes. Elle est perçue... à tort... comme un moyen de régulation émotionnelle.
Lorsque le stress apparaît, le cerveau ne cherche pas à analyser les conséquences à long terme. Il cherche une solution immédiate pour faire redescendre la tension. Or, par répétition, la cigarette a été associée à un apaisement rapide, même si cet apaisement est en grande partie illusoire et transitoire. Ce conditionnement est extrêmement puissant.
 
C'est là que le paradoxe s'installe : plus le fumeur est stressé, plus il ressent le besoin de fumer ; et plus il fume, plus il entretient le terrain du stress. La cigarette ne résout pas le problème, elle le maintient, voire l'amplifie, mais elle donne l'impression de soulager sur le moment. Le cerveau privilégie alors le soulagement immédiat plutôt que l'évitement d'un danger futur.
De plus, la peur liée au tabac... peur de la maladie, de l'avenir, des conséquences... génère elle-même une charge émotionnelle forte. Or, pour beaucoup de fumeurs, cette charge émotionnelle active encore davantage le réflexe de fumer, puisqu'ils ont appris à utiliser la cigarette pour gérer précisément ce type d'émotions inconfortables.
Ainsi, le stress et la peur ne facilitent pas automatiquement le rejet de la cigarette, parce qu'ils font partie intégrante du conditionnement qui maintient la dépendance. Tant que la cigarette reste associée à une forme de soulagement émotionnel, même trompeur, elle continue d'être appelée dans ces moments-là, malgré la conscience des risques.
 
Vous distinguez... « je veux arrêter » à « j'accepte pleinement d'être non-fumeur ». Donnez-nous vos premiers conseils pour basculer vers cette acceptation...
Dire« je veux arrêter de fumer » et « j'accepte pleinement d'être non-fumeur » correspond à deux postures intérieures très différentes.
« Je veux arrêter » est souvent une intention tournée contre quelque chose : contre une habitude, contre une dépendance, contre une partie de soi. Cette posture est fréquemment portée par la contrainte, la peur ou la culpabilité. Elle demande un effort constant, car elle implique de résister, de se retenir, de lutter. Et plus on lutte, plus l'objet de la lutte reste présent.
 
À l'inverse, « j'accepte pleinement d'être non-fumeur » marque un déplacement intérieur. Il ne s'agit plus de se priver, mais de se positionner. L'acceptation n'est pas une résignation, c'est une décision intégrée. Elle suppose que la personne cesse de se définir par ce qu'elle perd et commence à se définir par ce qu'elle choisit.
Pour basculer vers cette acceptation, le premier conseil est de changer la question que l'on se pose. Tant que l'on se demande « comment tenir sans fumer », on reste centré sur la cigarette. En revanche, se demander « quelle place je choisis d'occuper aujourd'hui » ouvre une autre perspective.
On passe d'un combat à un engagement.
 
Le deuxième point est d'accepter l'inconfort sans l?interpréter comme un échec. L'inconfort n'est pas un signe que quelque chose manque, mais qu'un ancien conditionnement est en train de se désactiver. L'acceptation commence lorsqu'on ne cherche plus à fuir cette sensation à tout prix.
Enfin, il est essentiel de cesser de se raconter l'histoire du non-fumeur frustré. Accepter d'être non-fumeur, c'est aussi s'autoriser à être aligné avec ce choix, à l'assumer socialement, émotionnellement, identitairement.
Tant que l'on se voit comme quelqu'un qui « s'empêche », l'acceptation n'est pas complète.
La bascule se fait lorsque la personne ne se demande plus ce qu'elle perd en arrêtant de fumer, mais ce qu'elle confirme delle-même en devenant non-fumeuse.
 
Eclairez-nous comment appréhender « Savoir gérer une pensée ou une envie »...
Apprendre à gérer une pensée ou une envie commence par une distinction essentielle : une pensée n'est pas un ordre, et une envie n'est pas une obligation d'agir. Chez le fumeur, ces deux phénomènes ont été longtemps confondus à cause du conditionnement. Penser à fumer ou ressentir une envie déclenche automatiquement le geste, sans espace de choix.
 
La première étape consiste donc à changer le regard porté sur ces signaux. Une pensée liée à la cigarette est souvent un réflexe automatique, un écho d'une habitude passée, et non une réelle nécessité. La reconnaître comme telle permet déjà de créer une distance : on observe la pensée au lieu de la subir.
Il en va de même pour l'envie. L'envie est une montée passagère de tension, liée à un ancien circuit de récompense. Elle atteint un pic, puis redescend naturellement si elle n'est pas alimentée. L'enjeu n'est pas de la faire disparaître à tout prix, mais de la laisser exister sans y répondre immédiatement. C'est dans cet espace que se reconstruit la liberté de choix.
 
Un point clé est de ne pas interpréter l'apparition d'une pensée ou d'une envie comme un échec. Leur présence ne signifie pas que l'arrêt est fragile, mais simplement que le cerveau est en train de se réorganiser. Plus on dramatise ces signaux, plus on les renforce.
 
Enfin, savoir gérer une pensée ou une envie, c'est accepter qu'elles fassent partie du processus sans leur donner de pouvoir décisionnel. Lorsqu'on cesse de lutter contre elles et qu'on ne les suit pas, elles perdent progressivement leur intensité et leur fréquence. C'est ainsi que l'on passe d'un rapport de contrainte à un rapport de maîtrise intérieure.
 
« La véritable victoire n'est pas résister à la cigarette. C'est d'être tellement à l'aise sans elle que l'idée même de fumer devient étrangère. », énoncez-vous à la fin de votre livre. Diriez-vous que c'est à ce moment-là que nous sommes libérée, libéré définitivement, que l'on devient une non-fumeuse, un non-fumeur...
On devient non-fumeur à deux niveaux distincts. Le premier, c'est l'arrêt : le moment où l'on fume sa dernière cigarette. À cet instant précis, quelque chose a déjà changé. La personne peut se sentir à l'aise sans la cigarette, constater qu'elle n'a plus de sens dans sa vie, éprouver un soulagement ou une forme de liberté immédiate. Cette étape est réelle et puissante, mais elle correspond surtout à la rupture comportementale. C'est là que l'on cesse physiquement de fumer, et que l'on commence à prendre conscience de sa liberté retrouvée.
 
Le second niveau, plus subtil mais crucial, est celui de l'arrêt définitif. Arrêter de fumer ne signifie pas automatiquement devenir non-fumeur définitif. Cette étape repose sur une redéfinition consciente de soi, qui consiste à cultiver et à ancrer durablement la conviction que fumer ne sera jamais une solution, quelles que soient les situations rencontrées. C'est cette certitude, intime et active, qui transforme l'arrêt en libération profonde.
C'est à ce stade que l'on devient réellement non-fumeur : la cigarette peut être présente, l'idée même de fumer peut surgir, mais elle ne déclenche plus aucun réflexe automatique, aucune tension, aucune frustration. Elle n'est ni diabolisée ni désirée, elle est simplement inutile. Cette certitude ne tombe pas du ciel : elle s'anticipe et se cultive en posant des jalons dans les situations futures... stress, émotions fortes, contexte social, imprévus... et en consolidant progressivement l'identité de non-fumeur.
 
Ce qui piège souvent les personnes après l'arrêt, c'est le confort apparent : elles se sentent déjà libres et croient que le travail est terminé. Or, paradoxalement, c'est à ce moment précis que la redéfinition définitive est la plus simple et la plus efficace à poser, puisqu'elles sont déjà non-fumeuses. Il ne s'agit pas de lutter davantage, mais de construire consciemment la certitude que la cigarette ne sera jamais une solution, et de stabiliser cette identité dans le temps.
 
Ainsi, la libération définitive ne vient pas seulement de l'arrêt en lui-même, mais de la conscience portée à cette phase de redéfinition et de consolidation. Lorsqu'elle est intégrée, la liberté cesse d'être fragile : elle devient stable, profonde et durable, car elle repose sur une conviction intime, ancrée et active, plutôt que sur la seule maîtrise du comportement.
 
Votre méthode peut-elle s'accorder aux consommateurs d'alcool...
Ma méthode peut effectivement s'appliquer à d'autres comportements que le tabac, et notamment à la consommation d'alcool, mais avec des nuances importantes.
L'Acceptation Programmée a été pensée, construite et affinée spécifiquement autour du tabac. L'alcool est un autre territoire. Il implique des enjeux différents, notamment une dépendance chimique souvent plus marquée, ainsi que des dimensions sociales et émotionnelles parfois plus complexes. Il est donc essentiel de ne pas tout confondre.
 
Dans le cas d'une consommation d'alcool dite « mondaine » ou occasionnelle, la méthode peut être pertinente et adaptable. On retrouve les mêmes mécanismes de fond : une croyance selon laquelle l'alcool serait une solution dans certaines situations, des automatismes très ancrés, et des conditionnements forts... apéritifs, événements sociaux, gestion des émotions, récompense, détente.
Le travail de prise de conscience, de détachement des associations, puis de redéfinition de soi en tant que non-consommateur assumé, fait pleinement sens dans ce cadre.
En revanche, pour des situations de dépendance alcoolique sévère, la méthode, telle quelle, serait insuffisante. Là, il s'agit d'un autre accompagnement, souvent pluridisciplinaire, qui dépasse le cadre de ce travail. C'est un point important à préciser, par respect pour les personnes concernées.
Lorsque la méthode est adaptée à l'alcool dans un cadre approprié, on retrouve les mêmes étapes clés : le wake-up, qui permet de voir clairement l'impact réel de l'alcool dans sa vie ; le détachement, qui consiste à se libérer des automatismes et des contextes conditionnés ; la redéfinition d'une version de soi assumée, alignée, sans posture de lutte ni de frustration ; et enfin l'intention de stabiliser ce choix dans le temps, en cultivant la conviction que l'alcool n'est pas une solution.
Comme pour le tabac, il s'agit d'un entraînement du cerveau et d'un repositionnement intérieur. Mais cela ne peut se faire de manière juste que lorsque le cadre est adapté au niveau de consommation et à la situation de la personne.
 
 
 
J'arrête définitivement la cigarette
Caroline Cospain...
Editions Albin Michel
 
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