Maïtie Trélaün





Maïtie Trélaün réouvre son livre J'accouche bientôt Que faire de la douleur... Vingt ans après... Cette nouvelle édition vous offre un monde encore plus merveilleux de l'enfantement...

Loin, loin de l'hyper-médicalisation actuelle, l'auteure évoque son ouvrage ainsi... « Ce livre est donc là pour vous donner confiance en votre capacité à enfanter et à le faire quels que soient le lieu dans lequel vous vous trouvez et les personnes qui vous entourent. Il est là pour vous donner envie d'oser enfanter au risque de demander la péridurale si vous n'en trouvez pas le chemin. Il vous soutient dans votre mise au monde que vous soyez mère, père, femme, sage-femme... »
 
Vous écrivez dans votre introduction, « L'enfantement est plus puissant que la médicalisation »...
Vous pouvez nous en dire un peu plus...

J'entends par « enfantement », l'art d'accoucher dans la physiologie donc à partir de cet espace du cerveau qui sait faire au-delà de toute croyance, culture, religion, origine... C'est ce qui est inscrit dans le corps de chaque femme. Elle le contact lorsqu'elle se sent suffisamment en sécurité pour lâcher son néocortex, donc son cerveau pensant.  Elle fait corps avec ses sensations et se laisse guider en ouvrant toujours plus. Elle dit alors un grand « oui » à cette énergie qui la traverse.
Un accouchement physiologique est rapide à partir du moment où la femme plonge dans ce qui l'emporte.
La médicalisation devient inutile :
-La femme ne souffre pas même si l'intensité de ce qu'elle vit peut la bousculer. L'intensité de la douleur est égale à celle de ses résistances. Quand elle ne résiste pas, elle accueille et ça s'ouvre.
-La dilatation et l'expulsion sont plus rapides que les barèmes médicaux.
-La mère et l'enfant se trouvent en sécurité : ils suivent le mouvement de la vie en eux. Tout le processus les pousse à grandir. La femme pour devenir une mère capable d'accueillir, nourrir et élever cet enfant-là. L'enfant pour sortir de sa matrice, s'élancer dans l'inconnu et s'adapter au monde aérien.
Il arrive qu'une femme déclenchée artificiellement trouve le chemin de la physiologie. Injection d'ocytocine, péridurale deviennent inutiles.
Dans ma pratique, lorsque la femme était dans la physiologie, je savais que tout se passerait simplement tant qu'elle resterait dans cet espace. En revanche, lorsqu'elle n'en trouvait pas le chemin, m'obligeant à faire appel à la médicalisation, j'avais l'impression de jouer à l'apprenti sorcier, en équilibre instable entre eutocie (accouchement qui se passe bien) et pathologie.
La connaissance du corps dans l'art d'enfanter est impérieuse.
 
« La douleur fait partie de notre vie... La douleur est donc primordiale pour le maintien de notre intégrité corporelle », affirmez-vous. Pourtant notre société refuse de plus en plus cette douleur, tant physique, que morale, même dans l'esthétique avec le leit-motiv arrêtons de souffrir pour être belle...
La philosophie de notre société actuelle, si vous me permettez cette expression, serait-elle alors complètement dans l'erreur...

Je ne crois pas à l'erreur. Tout ce qui se passe est une occasion d'évolution. Notre société refuse la souffrance et c'est capital. Nous ne sommes plus à l'ère de la souffrance et la technologie nous permet bien souvent de l'éviter.
En revanche, on ne sait pas gérer la douleur. Parfois on passe en force, parfois on la refuse, parfois on l'utilise pour évoluer. La douleur (qu'elle soit physique ou morale) est un signal qui nous dit que quelque chose hors du commun nous arrive. Ce signal nous met en alerte afin de vérifier s'il y a réellement danger ou pas. Il se trouve que nous avons la main sur l'interprétation que nous en faisons. En fonction de notre expérience, de notre histoire, de notre culture, de nos croyances (...) nous allons l'interpréter comme douloureux voire dangereux, comme messager de quelque chose qui est fermé en nous (il nous invite donc à ouvrir) ou comme plaisir. On voit de plus en plus de femmes aujourd'hui enfanter dans le plaisir... Et ce n'est pas un mouvement new âge... c'est une véritable révolution.
Nous avons expérimenté la douleur pendant des millénaires. Aujourd'hui nous ne voulons plus que ce soit notre facteur d'évolution. Nous cherchons d'autres chemins. C'est souvent plus facile de supprimer le signal, quel que soit sa nature, que de se remettre en question en ouvrant notre coeur et lâchant nos résistances.
Nous sommes devant un changement de paradigme phénoménal qui peut littéralement métamorphoser la société. Dans le plaisir, nous sécrétion de l'ocytocine, hormone de vie, régénérative et gardienne de notre santé, de l'harmonie dans les relations, de la collaboration, de la confiance... Nous échappons alors à tout contrôle puisque celui-ci se fait principalement par la peur. Que serait une humanité ocytocique...
 
Vous avez choisi ce tendre mot « enfantement », plutôt que « accouchement »...
Pour quelles raisons...
J'ai choisi « enfantement » pour distinguer l'accouchement physiologique des autres formes d'accouchement. Il m'évoque cet instinct présent en chaque femme alors que « accouchement » m'amène davantage à penser à la position couchée qui est contre nature. Enfantement est le raccourci de « accouchement physiologique ».
Il me parle d'un art ancestral, l'art d'enfanter donc de mettre au monde un Petit d'Homme simplement, dans le respect et la dignité qui lui sont dus.
 
La peur d'enfanter, la peur d'être mère, cela est bien normal, tout à fait compréhensible... Pourriez-vous nous donner vos principaux conseils afin d'appréhender sereinement cette peur...
Toute peur est là pour nous inviter à l'accueillir, la traverser et aller au-delà sans pour autant passer en force. Il n'est pas nécessaire de connaître son origine. La peur vient de notre mental qui se place en gardien de notre sécurité. Le mental redoute le nouveau, l'inconnu. Il fait tout pour nous maintenir dans le familier et nous empêcher de grandir. La peur nous questionne sur notre posture : est-ce que je suis esclave de mon mental, donc de mon histoire ou est-ce que je suis Reine sur mes Terres donc libre de choisir mes états...
La peur génère un état de stress qui est contre évolutif. Accueillir la peur et avancer avec elle sans me laisser limiter par elle, amène un état de confiance donc évolutif.
Pour accueillir la peur, j'utilise l'image de la prendre dans mes bras comme si elle était un petit enfant apeuré. Je suis là pour lui, je l'entends et en même temps je ne suis pas lui, je suis plus grande et je choisis d'avancer.
 
Il y aurait un impact sur l'attachement mère-enfant lors d'un accouchement sous analgésie péridurale...
Cette façon de mettre au monde est-elle contre nature...
Ou est-ce un moyen facilitant la pratique des médecins...

Toute intervention médicale perturbe la sécrétion d'ocytocine. Cette hormone favorise l'attachement et la capacité d'aimer (de s'aimer soi-même, l'autre et la planète) pour de longues années.
La péridurale inhibe cette sécrétion. Avoir recours à cette technique est contre-physiologique mais elle peut être salvatrice lorsque la femme se trouve dans une impasse. C'est une technique fabuleuse et en même temps, elle cherche à contrôler un processus incontrôlable. Nous ne connaissons pas toutes les conséquences de cet acte.
Dès l'instant où la femme accepte cette intervention médicale, qu'elle continue d'aller avec ce qui se passe dans son corps, en restant en lien avec son bébé, elle diminue les effets éventuellement péjoratifs de cette analgésie. Si en plus, dès la naissance, elle favorise la peau à peau, l'allaitement, la joie d'être avec son bébé et qu'elle sécrète un maximum d'ocytocine, elle palie en partie aux conséquences de cette intervention. C'est important qu'elle choisisse en conscience d'avoir recours à cet acte médical en en assumant les conséquences. Plus elle se positionnera en veillant à la qualité de l'attachement à son enfant, plus celui-ci sera réparateur.
 
Les 40 jours qui suivent la naissance la soutiennent en ce sens en la plaçant dans une extrême vulnérabilité physique, émotionnelle et mentale. Elle devrait respecter ce temps de repos pour rester en lien 24h/24 en peau à peau avec son tout-petit.
 
Apaiser la douleur... Vous consacrez un grand paragraphe sur l'eau et vous énoncez, « Par contre, je vais prendre le temps de parler de l'utilisation de l'eau pendant l'accouchement »... Je mets une majuscule délibérément pour noter sa noblesse... Eclairez-nous sur les principaux bienfaits de l'Eau...
L'eau détend, que ce soit le bruit de l'eau qui coule, sa vue ou l'immersion. Donc suivant comment se déroule l'accouchement, l'eau peut être bénéfique. Je ne conseille pas de chercher à accoucher dans l'eau. Parfois ce sera contre-productif et pourrait conduire à la pathologie.
L'eau, sous forme de douche, est stimulante. Le bain est apaisant. L'immersion dans l'eau va générer une sécrétion hormonale qui va contrecarrer l'effet de l'ocytocine au bout de 2 heures. C'est ce qui amène, qu'après ce laps de temps, les contractions diminuent voire s'arrêtent et qu'il est parfois très difficile de relancer le processus. C'est aussi ce qui favorise des hémorragies de la délivrance.
Si la femme n'a pas accouché dans l'heure qui suit l'immersion, c'est soit que l'utilisation de l'eau n'était pas appropriée (la femme n'est pas dans la physiologie), soit que la femme y est allée trop tôt (donc avant la montée en puissance qui signe la physiologie).
En début de travail, l'utilisation de l?eau sous forme de douche ou de bain peut permettre de faire la distinction entre une réelle mise en route ou une simple répétition générale. Dans le premier cas les contractions continuent (du moment que la femme reste moins d'une demi-heure dans le bain), dans le second elles se calment.
Durant le travail, je conseille aux femmes d'attendre que l'appel de l'eau soit viscéral, irrésistible pour s'immerger. Elles peuvent patienter en écoutant l'eau couler ou en utilisant la douche (qui n'induit pas le phénomène de rétroaction comme l'immersion).
Utilisée au bon moment, l'eau peut être un véritable accélérateur de la dilatation. Spontanément, bien des femmes se redressent pour l'expulsion rendant la présence de l'eau inutile. L'importance de l'eau pour cette phase du travail n'est pas réellement démontrée, on suppose que cela détend le périnée, amène une transition plus douce pour le bébé... C'est possible.
Personnellement, je n'ai pas vu de femme dans un accouchement physiologique souhaiter aller dans l'eau pour l'expulsion. Si elle est dans l'eau depuis moins d'une heure, que le réflexe expulsif se fait sentir et que la femme ne se redresse pas spontanément, elle reste dans l'eau. Ce n'est pas un problème.
 
 
 
J'accouche bientôt
Que faire de la douleur...
Nouvelle Edition
Maïtie Trélaün
Préface de Michel Odent
 
Editions Le Souffle d'Or
 
22,00 euros
 
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L'Auteure
Coach, danseuse, sage-femme, auteure, conférencière, exploratrice originale, Maïtie s'intéresse aux enchaînements précis autant que délicats de la physiologie de l?accouchement.
Sage-femme physiologiste pendant 30 ans, elle pratique entre autres l'accouchement à domicile. Sa connaissance fine des processus de la mise au monde en fait une référence internationale dans le domaine de la naissance.
Elle a déjà publié toujours aux Editions Souffle d'Or... 
*Se préparer en couple à l'accouchement
*Stella et le cercle des femmes 
*Le bonheur : mes 10 clés de métamorphose
 
 
 
 
 
 
 
 

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